APPEL DU COLLECTIF ASSURANCE MALADIE
« Les mois qui viennent risquent d’être
décisifs pour l’avenir de l’assurance-maladie. Le gouvernement, toujours dans
la logique des propositions du Medef, s’apprête à dévoiler son plan de réforme.
Au nom d’une augmentation des dépenses de santé, présentées comme
« incontrôlables », il avance trois objectifs : -1) réduire les
dépenses publiques de santé -2) élargir le rôle de complémentaires de santé
dominées par une logique assurancielle au détriment de la logique de solidarité
de la sécurité sociale -3) mettre en concurrence l’assurance-maladie avec les
mutuelles et les assurances privées.
En réalité, le déficit de l’assurance-maladie
trouve sa cause d’abord dans l’insuffisance des recettes due notamment au
chômage et aux pressions sur les salaires. Il sert de prétexte pour
promouvoir la privatisation du système de santé et de protection sociale. Nous
nous dirigeons ainsi vers la définition d’un « périmètre des soins
remboursables », en d’autres termes un « panier de soins » qui
renforcera la limitation de la couverture maladie de base. Cette proposition,
ouvrira la porte de la privatisation et institutionnalisera un système de santé
à plusieurs vitesses.
De larges
pans de l’assurance-maladie seront jetés en pâture aux assurances. Celles-ci
couvrent le risque en fonction de la cotisation payée. A l’inverse, avec la
sécurité sociale chacun cotise en fonction de ses revenus et reçoit en fonction
de ses besoins, avec un niveau de protection égal pour tous.
Le plan
hôpital 2007 poussera à la privatisation de pans entiers de l’hôpital public et
à l’adoption des critères de gestion du privé, comme le soulignent les
syndicats de médecins et d’hospitaliers. La « tarification à
l’activité » favorisera les établissements hospitaliers privés à travers
un financement public. On ira vers une sélection des malades. Les
déremboursements de médicaments n’affecteront que les usagers ; les
« génériques » ne permettront que de rares économies, alors que la
liberté des prix pour les médicaments qualifiés « d’innovants » vise
à augmenter encore les profits de l’industrie pharmaceutique.
De plus, la
remise en cause de l’Aide Médicale d’Etat et l’accès à la CMU rendu plus
difficile aggravent la situation des plus démunis. Les menaces de privatisation
n’ont nullement été dissipées par le rapport du Haut conseil pour l’avenir de
l’assurance maladie. L’analyse des véritables causes de la crise d’efficacité
du système de santé reste à faire. Répondre aux nouveaux besoins de santé
nécessite de les évaluer au plus près, pour prendre en compte le
vieillissement, pour s’attaquer aux inégalités de santé, garantir l’accès de
tous aux progrès médicaux et promouvoir la santé publique. Une véritable
réforme doit se fixer comme priorité de lutter, dans le cadre d’une promotion
d’ensemble, contre les inégalités d’accès aux soins notamment par le relèvement
des taux de remboursement de la couverture de base pour aller vers la prise en
charge complète des soins.
Cela oblige à poser avec force la question du
financement. Le principe de la cotisation sociale assise sur les salaires
assure le lien avec l’entreprise, lieu où se créent les richesses.
Sur cette base, des pistes alternatives devraient permettre d’accroître de
manière durable les rentrées de cotisations avec la croissance réelle de
l’économie. Relever la part des salaires dans le partage de la valeur
ajoutée qui a baissé de plus de 10 points en 20 ans, augmenterait les
ressources de la sécurité sociale.
Face à l’urgence, il faut un relèvement immédiat du taux des cotisations
patronales. Pour régler sur le long terme le problème du financement, il
faut pouvoir s’appuyer sur le développement de l’emploi, de la formation et des
salaires. Pour aller dans ce sens, est soumise au débat une piste : l’idée
d’une modulation des taux de cotisations patronales, avec l’objectif que la
contribution de toutes les entreprises augmente. Celles qui licencient et
compriment les salaires se verraient appliquer un taux de cotisation élevé,
alors que celles qui développent l’emploi, les salaires et la formation se
verraient appliquer un taux de cotisation plus bas, mais sur une masse
salariale élargie. La question du financement mérite un vrai débat. Il est
à l’heure actuelle interdit. Le financement du système de santé par la CSG est
particulièrement inéquitable, puisque prés de 90% des recettes proviennent des
revenus du travail et qu’elle taxe de manière très insuffisante les revenus du
capital. . Les exonérations de cotisations patronales dites sur les
« bas salaires » atteignent désormais près de 20 milliards d’euros,
dont une part n’est pas compensée. Cette subvention aux entreprises ne crée
pas d’emplois, tire l’ensemble des salaires vers le bas et réduit les
ressources de la Sécurité sociale. Cette réforme structurelle aurait un effet
progressif. Dans l’immédiat nous proposons que les revenus financiers
des entreprises et des institutions financières (165 milliards d’euros en 2002)
soient mis à contribution au même niveau que les salaires. Leur appliquer le
taux de cotisation patronale à l’assurance maladie apporterait plus de 20
milliards d’euros par an au régime général. D’autres mesures sont applicables
immédiatement, comme créer un fonds de garantie pour les dettes patronales et
soumettre à cotisation l’épargne salariale.
Le
financement public de la santé, hôpital, enseignement, recherche, doit aussi
être étendu et relevé, alors que ces dépenses reposent actuellement pour
l’essentiel sur l’assurance maladie. Ces problèmes se posent dans un
contexte marqué par le carcan du pacte de stabilité européen et de la Banque
centrale européenne, ainsi que par la menace que fait peser l’accord général
sur le commerce des services (AGCS)
Une réforme de progrès du système de soins est
indispensable. Afin d’assurer une prise en charge globale du malade, la
médecine en réseau permet une meilleure coordination des professionnels de
santé. Il conviendrait notamment de développer les réseaux ville-hôpital. Le
système de santé doit être réorienté vers la prévention et s’attaquer réellement
aux inégalités sociales face à la maladie. Pour restaurer l’efficacité de
l’hôpital public en termes de qualité des soins et de proximité, un plan
d’urgence est nécessaire pour le développement de l’emploi et la formation des
personnels. Il faut sortir du numerus clausus pour toutes les professions de
santé et résorber les disparités régionales en matière de démographie médicale.
Pour que
l’assurance maladie cesse d’être la « vache à lait » de l’industrie
pharmaceutique, et que celle ci soit mise au service des malades partout dans
le monde, nous posons la question d’une forme de contrôle public et
social de cette industrie qui permette une véritable politique du médicament. Il faut rétablir l’élection des conseils
d’administration de la sécurité sociale par les assurés sociaux. Une démocratie
sociale dans le système de santé appelle aussi, avec des pouvoirs nouveaux
d’intervention de tous les personnels et usagers, mais aussi dans toutes les
entreprises, une démocratie sanitaire apte à exprimer les besoins de santé des
populations, avec la reconnaissance du rôle des associations de malades et des
malades eux-mêmes. Nous refusons que les principes de solidarité du système de
santé soient bradés au bénéfice des assureurs complémentaires, des assurances
privées comme des capitaux privés qui comptent s’investir dans l’offre de
soins.
NE PAS LAISSER FAIRE LA CONTRE-REFORME QUI
S’ORGANISE, REFUSER L’INSECURITE SOCIALE, C’EST FAIRE DES PROPOSITIONS
ALTERNATIVES AUDACIEUSES. Il est
urgent que les forces de progrès, les syndicats de salariés, les acteurs du
système de santé et les usagers interviennent. Il s’agit d’empêcher que la
contre-réforme libérale du système de santé ne soit imposée, comme celle des
retraites, par une majorité parlementaire se prononçant contre les aspirations
majoritaires de la population. »